Sonja Ranarivelo, fondatrice du tour opérateur pionner de l’écotourisme à Madagascar


Interview de Sonja Ranarivelo, fondatrice du tour opérateur pionner de l’écotourisme à Madagascar, Boogie Pilgrim, et actuellement directrice du groupement Go To Madagascar.

Quelles ont été vos motivations à la création de Boogie Pilgrim et pourquoi cette volonté de proposer un tourisme dit « responsable » ? Comment cela se concrétise dans votre activité ? Pouvez-vous nous donner quelques exemples concrets ?

Boogie Pilgrim a été crée bien avant le concept du tourisme durable à Mada (1989). Mais notre clientèle majoritairement anglo-saxonne nous a poussé vers ce type de tourisme petit à petit ; le contexte de travail sur nos sites de lodges nous a obligé à élaborer des stratégies pour intégrer les communautés locales. En 1994, nous avons construit une première école primaire publique à proximité du Bushhouse sur le canal des Pangalanes , 2 autres écoles ont suivi près du Tsara Camp dans l’Andringitra et près du Mananara Lodge à Anjozorobe. L’idée stratégique c’est que la plupart des problèmes liés à l’environnement sont liés au manque d’éducation de base, aussi nous ne pouvons embaucher sur place que des analphabètes, notre présence touristique dans des lieux reculés peut permettre d’apporter du développement mais nous oblige à le maîtriser.

Existe-t-il des initiatives mises en place par les professionnels du tourisme pour promouvoir l’écotourisme ? Pouvez-vous nous en donner quelques exemples ?

Négatif, à Madagascar seules certaines institutions type bailleurs de fonds (AFD, USAID, GTZ, CI, WCS, WWF…) financent des programmes ponctuels selon leurs normes et idées, tous les projets s’arrêtent à la fin de leur financement. L’Etat malagasy n’a pas de budget spécifique pour l’écotourisme, et un tout petit pour le Tourisme tout court ! Pour ces raisons, nous sommes adhérent à la TIES depuis plus de 7 ans, membre du Green Travel Market, et participons activement à certains concours internationaux (ex : 1er prix du tourisme durable gagné en Allemagne en 2005 DRV).

Considérez-vous qu’il existe une demande écotouristique française aujourd’hui pour le pays ? La France est le premier pays pourvoyeur de touristes de Mada cependant la notion d’ecotourisme est vague pour eux. Tout le monde vient pour voir les lémuriens, baobabs plages et autres ; mais sans conscience ecotouristique vraiment développé.

Considérez-vous que les touristes soient sensibilisés aux enjeux de l’environnement? Vous-même, participez-vous à des actions de sensibilisation des touristes ? Pouvez-vous nous donner quelques exemples de campagnes ?

Les anglo-saxons le sont plus et ils sont très sensibles à la destruction de l’environnement visible lors des survols et traversées de l’île. De nombreuses émissions de TV ne parlent que des problèmes environnementaux. Il n’y a pas de campagnes de sensibilisation des touristes à proprement parler ici mais nous participons activement à toutes les conférences publiques et professionnelles sur ces thèmes depuis des dizaines d’années. Nous participons à l’élaboration des chartes et labels auprès de Go To Madagascar et de l’Office National du Tourisme.

Quelles sont les difficultés que vous avez pu rencontrer dans la promotion de ce secteur ? Dans la sensibilisation des touristes à la protection environnementale ? Avez-vous fait face à certaines réticences ?

Il n’y a pas assez de foires spécifiques pour promouvoir l’écotourisme, pas assez de supports adaptés ni de budget. Les touristes sont toujours sensibles à l’environnement à Mada car ils sont conscients de sa destruction très visible à Mada. Cependant, ils ne comprennent pas toujours pourquoi des interdits sont publiquement autorisés : ex. pourquoi ne pas acheter des coquillages au marché des coquillages de Tuléar ? Pourquoi ne pas acheter du patrimoine zafimaniry alors que c’est en vente sur le marché touristique…

Avec le recul des années, quels sont aujourd’hui les résultats que vous pouvez noter ? L’écotourisme aujourd’hui vous paraît-il toujours une bonne solution pour lutter contre la destruction environnementale ? Pour lutter contre la pauvreté ?

Comment voyez-vous l’avenir du secteur écotouristique à Madagascar ? Pensez-vous que des efforts soient encore nécessaires ?

Avec 20 ans d’expérience, les notions d’écotourisme ici se sont quand même améliorées mais la compréhension du tourisme durable, solidaire etc. est très confuse et s’y mélange. Les termes sont souvent mal utilisés et abusés à des fins de marketing.

L’Ecotourisme est considéré ici comme un pilier de la conservation. On lui donne trop d’importance, fonde trop d’espoirs, le tourisme ne peut pas tout solutionner et financer ! Des efforts d’investissements dans l’accès aux sites naturels sont à faire par l’Etat, des conditions attractives pour investisseurs privés sont à mettre en place pour construire des Lodges, Ecolodges, camping, gîtes etc. proches des attractions naturelles.