Eco-Destinations : Bulgarie

L’espoir d’un renouveau souffle sur la Bulgarie. Alors que le pays se modernise rapidement pour faire face à sa récente intégration à l’Union Européenne… on y découvre de grands espaces naturels préservés et une vie traditionnelle toujours intacte. De petits projets d’écotourisme villageois permettent ainsi de se plonger dans la Bulgarie profonde. Avec l’aide de […]

 L’espoir d’un renouveau souffle sur la Bulgarie. Alors que le pays se modernise rapidement pour faire face à sa récente intégration à l’Union Européenne…

on y découvre de grands espaces naturels préservés et une vie traditionnelle toujours intacte. De petits projets d’écotourisme villageois permettent ainsi de se plonger dans la Bulgarie profonde. Avec l’aide de la fondation Pan Parks, ils attirent aujourd’hui un nombre croissant de touristes en recherche d’authenticité, et permettent ainsi aux habitants d’afficher fièrement leurs traditions et de générer quelques revenus complémentaires.

Prenez des paysages de forêts de sapins et de montagnes abruptes, ajoutez-y une centaine de monastères et quelques charrues, et peuplez-le d’hommes au sourire franc et de femmes au timbre de voix incomparable : bienvenue en Bulgarie. Situé entre les Balkans et la mer noire, ce petit pays de contrastes est le carrefour de différentes civilisations, langues et cultures. Intégrée à l’Union Européenne depuis le 1er Janvier 2007, la Bulgarie lutte pour s’adapter à la nouvelle donne économique. Le communisme a en effet laissé quelques traces indélébiles : l’initiative privée est encore rare et les statues des soviets veillent toujours sur les places des villages. Alors que dans les campagnes, certaines scènes rappellent notre XIXe siècle, les grandes villes sont maintenant pleinement tournées vers l’économie de marché et le mode de vie occidental, avec son cortège de panneaux publicitaires qui envahit déjà les abords de Sofia, la capitale.

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La commune de Bansko, à deux heures au sud de Sofia, résume à elle seule ce paradoxe bulgare, et oscille entre traditions séculaires et ultra libéralisme sauvage. Dans cette région pastorale longtemps coupée du monde, l’ouverture des frontières rime avec un afflux massif d’investisseurs russes. Ces derniers ont créé la plus grande station de sports d’hiver de Bulgarie, à coups de bulldozers et de barres de béton, dans une zone qui appartient pourtant au parc national de Pirin. Les conséquences sur l’écosystème fragile du parc se font évidemment sentir, alors que de nouveaux travaux d’agrandissement sont déjà programmés.

A quelques encablures de tout ce remue-ménage se trouve le petit village tranquille de Dobarsko, où coule une vie rythmée par le travail de la terre et le changement des saisons. Aux portes du parc national de Rila, il offre une halte reposante dans un cadre enchanteur, et propose au voyageur curieux une rencontre authentique avec la Bulgarie rurale. C’est ici que s’est récemment formée la dynamique association d’écotourisme de Dobarsko, qui regroupe une trentaine de familles désireuses de partager leur mode de vie et patrimoine avec des visiteurs du monde entier. Travaillant en tant que professeurs d’écoles, agriculteurs, et ouvriers d’une usine de fabrication de T-shirts, ils ont aussi choisi d’ouvrir leurs portes aux touristes afin de compléter leurs revenus.

« Nous voulons que les touristes se sentent ici chez eux, et qu’ils apprécient nos traditions », expliquent Diado Boré et Baba Ratka, un couple d’agriculteurs retraités qui reçoivent les visiteurs à leur table et leur permettent de goûter à l’expérience unique d’une nuit dans un foyer bulgare. La chaleur de l’accueil contraste avec la sobriété du lieu. Sans connaître le moindre mot d’anglais, ce couple dispose d’une panoplie impressionnante de gestes et de mimiques pour se faire comprendre. La banitsa, petit pain au fromage délicieux, est offert dès l’arrivée. Le festin se poursuit par une délicieuse salade au fromage shopska et un ragoût local appelé kavarna, avant de goûter au fameux yoghourt bulgare au lait de chèvre. Après quelques verres de rakia, l’ambiance monte d’un cran. Un groupe de voisines est invité à chanter et danser dans le petit salon. Grand privilège, car elles sont médaillées du concours annuel des meilleures chorales du pays. Leurs voix s’unissent à merveille et chantent une plainte poignante qui raconte les rires et les pleurs de la vie pastorale.

ecotourisme bulgarie, tourisme responsable, vacances ecologiquesUne fois réveillé par le chant du coq, il est temps d’aller se dégourdir les jambes. Le parc national de Rila, tout proche, est un endroit magnifique pour randonner, rencontrer les bergers, et visiter les ruines de l’empire ottoman. Avec une cinquantaine d’ours bruns et une multitude d’arbres centenaires, le parc offre un terrain de jeu idéal pour tous les amoureux de la nature. Dobarsko est également chaque année le théâtre d’un concours de beauté coloré pour les vaches et les chèvres. « Le touriste ne peut pas rester indifférent au charme de notre village », dit Nina Baikova, présidente de l’association. Pourtant, ils sont encore peu nombreux à emprunter la route de Dobasrko. La faute au manque de soutien du gouvernement, à l’absence de signalisation touristique, et au fait que l’anglais demeure très peu parlé. Le manque d’implication de la jeunesse est également à déplorer.

Aidés par la fondation WWF Pan Parks (voir encadré), l’association a pourtant d’ores et déjà bouleversé les vies de ses membres. « Nous avons bon espoir que ce projet permette d’éviter l’exode de nos jeunes vers les villes » explique Nina. « L’association nous a beaucoup rapprochés entre voisins ; nous sommes devenus de grands amis. L’autre conséquence heureuse de ce projet, c’est que nous sommes devenus touristes à notre tour. Quel plaisir d’aller découvrir les autres régions de Bulgarie, bien que il n’y en ait pas de plus belles que la nôtre !»

Une histoire presque similaire se déroule à Kalofer, une petite ville qui se situe au pied du majestueux parc national des Balkans centrales, au cœur du pays. Dimitar Marinov, un entrepreneur fraîchement rentré de quelques années aux Etats-Unis, a fondé l’association d’écotourisme de Kalofer avec quelques amis, afin de stimuler la croissance économique de sa région natale. Aidés par un programme d’aide au développement de l’agence américaine USAID et de la fondation Pan Parks, ils ont réussi en seulement cinq années d’existence à salarier quatre personnes au sein d’un office du tourisme. Ce dernier est chargé d’orchestrer les réservations pour les 52 membres de l’association et de donner des informations sur les nombreuses possibilités d’écotourisme au sein du parc : le randonneur y découvre en effet des forêts de hêtres et de larges canyons au sein desquels coulent des rivières de jade et de belles cascades, dont la plus célèbre, l’« arrosoir du paradis », chute de 125 mètres. Le parc abrite et protège aussi de nombreux loups, lynx et chamois, et plus de 2000 espèces de plantes.

ecotourisme bulgarie, tourisme responsable De nombreux projets attestent de la santé de la vie communautaire à Kalofer. La construction d’un « éco-parcours » a mobilisé une trentaine de bénévoles pendant quatre mois : des panneaux ludiques d’interprétation de la nature ont été disposés le long d’un chemin qui s’enfonce dans la forêt et enjambe à maintes reprises un torrent tumultueux, offrant des vues plongeantes sur le canyon. Non loin de là, une Maison de l’artisanat vient d’être achevée et permet au visiteur de comprendre le fonctionnement d’un métier à tisser, et d’apprendre à broder des dentelles en points de croix avec une grand-mère tout heureuse de pouvoir partager son savoir-faire.

Le cœur du village voit plusieurs chalets traditionnels proposer un hébergement confortable, et ses restaurants rivaliser d’ingéniosité pour servir les plats les plus savoureux. Le village dispose maintenant d’une capacité de 75 chambres à louer. Le but de l’association, outre la protection de l’environnement, est d’inciter les visiteurs à rester dans la région plus longtemps afin d’accroître les bénéfices liés au tourisme. Les efforts de la communauté ont été récompensés par le prestigieux Prix de l’Ecotourisme de Skal en 2005, la plus grande association internationale des professionnels du tourisme.

Dans un pays où les gens tournent la tête de côté pour dire oui et l’inclinent d’avant en arrière pour dire non, ne soyez pas surpris si vous perdez tous vos repères. Une escapade en Bulgarie est une véritable collision frontale entre l’Est et l’Ouest, entre un passé communiste et un futur incertain mais synonyme d’espoir. Les habitants de Dobarsko et de Kalofer n’ont qu’un message en bouche : « nous sommes vos nouveaux voisins de l’Union Européenne, alors venez-nous rencontrer

Plus d’informations sur www.dobarsko.org et www.kalofer.com

Plus d’informations sur le Parc national de Rila

Copyright textes et photos Pascal Languillon, 2006

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